25/05/2018

Rencontre avec Patrick Emin

Patrick Emin est chef de projet informatique chez dani alu

BIM&CO : Quelle est votre fonction et qu'est-ce qui vous a mené vers le BIM ? 
Patrick Emin : Je m’appelle Patrick Emin. Je suis Chef de projet informatique depuis une dizaine d’années pour la société dani alu, leader dans la conception et la fabrication de produits en aluminium pour le bâtiment.
Nous concevons des produits destinés à être prescrits puis intégrés dans les maquettes numériques des architectes. Notre position n’est pas celle de l’architecte, mais celle du fournisseur de produits pour l’architecture.
La démarche BIM chez dani alu est clairement dictée par la poussée du BIM dans le monde et particulièrement par les obligations réglementaires qui sont en train de se mettre en place. Nous travaillons en particulier sur le marché anglais et la législation ainsi que les expérimentations BIM sont certainement les plus avancées en Grande-Bretagne, ce qui nous pousse à adopter le BIM rapidement.
Nous voyons également la démarche BIM, en tant que fabricant, comme une occasion de faire connaitre nos produits en les proposant sur les plateformes de téléchargement d’objets BIM.
Un intérêt connexe est la possibilité d’intégrer sur notre propre site vitrine les produits qui auront été publiés sur BIM&CO.


BIM&CO : Quelles problématiques avez vous rencontré lors de votre passage au BIM en tant qu'industriel ? 
Patrick Emin : Le BIM est une démarche qui est maintenant familière aux acteurs des domaines du bâtiment et de l’architecture. Ils ont à concevoir des projets autour de deux concepts : la méthodologie et les objets BIM.
Pour nous, fabricant, notre rôle se limite à mettre à disposition nos produits au format BIM. Nous ne sommes pas familiers avec les logiciels d’architecture, tels que Revit. Nous n’avons besoin dans Revit d’utiliser uniquement les fonctionnalités de création de familles de pièces, mais c’est là le principal obstacle, car utiliser un sous-ensemble des fonctionnalités de Revit ne nous dispense pas d’acquérir la connaissance de Revit, de son interface, de ses particularités, de sa « philosophie ». Nous connaissons très bien AutoCAD et SolidWorks, mais Revit est un logiciel qui n’a que peu de rapport avec les deux précédents.
S’y ajoute la nécessité d’acquérir le logiciel lui-même, cela implique un coût d’acquisition des licences et un coût de formation. Le système d’abonnement (« subscription ») d’Autodesk est adapté à notre besoin puisque nous ne serons pas des utilisateurs permanents de Revit. La version « Revit LT » est suffisante dans la plupart des cas (60€/mois)
En matière de formation, nous essayons l’auto-formation dans l’optique d’aller aussi loin que possible par nous-même. S’il s’avère nécessaire, plus tard, de suivre une formation externe, nous le ferons. Signalons que l’aide de la communauté francophone des utilisateurs de logiciels Autodesk est précieuse, le forum « Revit et BIM » et l’assistance que nous y avons reçue a été indispensable à nos premiers pas avec Revit. Nous pensons pouvoir créer nous-même 80 % de nos objets BIM, les moins complexes. Pour ce qui est des produits complexes comme nos garde-corps, nous les sous-traiterons. Comme tout projet, le BIM doit être planifié, même dans sa forme la plus réduite, créer des objets pour un fabricant, il faut y dédier du temps d’apprentissage et d’expérimentation.


BIM&CO : Quels intérêts vous ont poussé à collaborer avec BIM&CO ? 
Patrick Emin : Ignorant quasiment tout du BIM, nous avons exploré les sites qui en parlent. Et parmi les plateformes BIM que nous avons trouvées, BIM&CO nous a paru au premier abord très clair, très facile à utiliser, nous avons été séduit par la légèreté et la facilité d’accès du site.
Filiale de TraceParts, l’un des principaux fournisseurs mondiaux de contenu numérique 3D pour l’ingénierie, BIM&CO ne pouvait que nous inspirer confiance ! Et c’est important lorsqu’on investit autant de temps et d’efforts dans un domaine nouveau.
Le premier essai de publication sur BIM&CO nous a séduit, nous n’avons rencontré quasiment aucun problème et les deux points pour lesquels nous avions besoin d’éclaircissement ont été brillamment résolus par un appel téléphonique au support technique.


BIM&CO : Comment imaginez vous l'avenir du BIM? 
Patrick Emin : Le BIM est à la charnière de deux mondes. Le monde réel et le monde numérisé. Votre ordinateur aussi est à la charnière de deux mondes. Un disque vinyle, qui ne date pas d'hier, est aussi à la charnière de deux mondes, c'est à la fois un objet matériel et totalement immatériel puisqu'il est capable de reproduire de la musique.
Si l'on n'en est qu'au début dans le domaine du BIM en architecture et infrastructure, on peut sans difficulté imaginer où le BIM nous conduira. Il nous conduira dans un monde parallèle, celui d’un monde numérique ne représentant plus le réel, mais le reproduisant.
Nous n'en sommes qu'aux prémices. On s'extasie actuellement en voyant une maquette numérique sur l'écran d'un ordinateur, mais il ne s'agit que d'objets simplifiés, modélisés en 3D, statiques, auxquels on a attaché quelques pauvres propriétés. L'avenir n'est pas là, l'avenir est dans la reproduction numérique complète du monde réel, non pas tel qu'il est à un instant T, mais tel qu'il sera à tous les instants dans le futur (et était dans le passé). Un bâtiment, ça vie, ça vieillit, ça s'abîme, ça se reconstruit parfois (pas encore tout seul mais on va y venir, si, si...). C'est cette vie des bâtiments et des infrastructures que dans l'avenir nous reproduirons informatiquement avec tout le réalisme nécessaire, de façon que l'on ne puisse plus distinguer entre le réel et l'artificiel. Certains jeux vidéos ont déjà bien avancé dans cette direction. Et dans les jeux vidéos, il y a des personnages. Il y en aura naturellement dans le BIM en architecture et en planification des cités. Les logiciels Autodesk par exemple, qui simulent des mouvements de foule seront intégrés à ces maquettes de bâtiments, mais bien plus que cela, on reproduira le fonctionnement des êtres humains, leur réflexion, leur comportement, leurs erreurs également pour les faire vivre dans ce monde artificiel. Ceci existe déjà de façon embryonnaire dans certains jeux vidéos. La robotique humanoïde rejoindra le BIM.
Finalement, la réalité artificielle numérique sera bien supérieure à la réalité puisque en plus de la reproduire visuellement et fonctionnellement, elle lui ajoutera les bases de données qui manquent à la réalité. Un meuble ne sait pas quelle taille il fait. Un meuble dans le monde du BIM et de la réalité artificielle le saura. Le BIM apportera l’intelligence aux objets.


Cliquez ici pour retrouver les produis dani alu au format BIM.

face Raphaëlle Jerez-Grisel